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"ANALYSE DES DISCOURS : TEXTES, TYPES ET
GENRES"
Colloque International (3-4-5 décembre 1998 à l'Université de Toulouse-Le Mirail) du
Centre Pluridisciplinaire de Sémiolinguistique Textuelle (CPST - Dir : M. Ballabriga -
Secrétariat : G. Cloarec)
Organisateurs : M. BALLABRIGA
(CPST), A. ZINNA (Membre du Centre de Recherches Sémiotiques, appartient au Groupe De
Recherche "Sémiotique", dirigé par J. FONTANILLE)
Résumés de
communications
CHARAUDEAU Patrick,
(Centre dAnalyse du Discours, Université de Paris 13)
"Des types de discours aux genres textuels,
conditions pour une typologie discursive".
Synopsis
La question des genres et des
types de discours est délicate, complexe et pourtant fondatrice de la possibilité du
texte.
Elle est délicate parce
quelle exige que soient distingués des niveaux dappréhension du texte qui
permettent de différencier ce qui est de lordre de la situation de communication et
de lordre du texte.
Elle est complexe parce que
dune part chacun de ces ordres comprend plusieurs variables dont la combinaison
institue des types, d'autre part parce que ces différents types peuvent se combiner entre
eux pour constituer dautres types. Par exemple, un type informatif dans une
situation de communication médiatique donne lieu à divers genres textuels
journalistiques.
Elle est fondatrice parce que
sil nexiste pas une possibilité de classer les textes selon des types, cela
voudrait dire quil nexiste aucun repère pour les appréhender comme
phénomène de production sociale.
Je propose donc une communication
qui définira dans un premier temps ces trois ordres du discours de la situation et du
texte, puis je tenterai de décrire les variables qui composent chacun de ces ordres, et
enfin je poserai le problème de la construction dune typologie en montrant comment
ces variables peuvent se combiner pour déterminer ce que jappelle des "genres
textuels".
Analyse des discours : Textes, Types et Genres
RASTIER François
(Directeur de recherche)
Typologie et interprétation des textes.
Division des pratiques.
Outre la fonction médiatrice du sémiotique, lhumanité est
caractérisée par la spécification des pratiques et la division corrélative du travail.
En outre, et du fait même quelle compte un niveau sémiotique, toute pratique est
socialisée. A chaque type de pratique sociale correspond un domaine sémantique et un
discours qui larticule.
Activités et genres.
Il ny a pas de pratique générale non spécialilsés, aussi le concept
de langue générale reste une formation de la philosophie du langage. Chaque pratique
sociale se divise en activités spécifiques (ex : le jury de thèse, la conférence, le
cours, la correction de copie, etc...), qui font un système de genres en co-évalution.
Les genres sont spécifiques aux discours : un traité de physique nobéit pas aux
même normes quun traité de linguistique.
Sil y a influence des discours les uns sur les autres, chaque système
générique reste autonome et évolue selon ses propres lois.
Lentreprise typologique.
Le thème de lhétérogénéité de tout texte, hérité de la théorie
romantique du roman, ne peut faire obstacle à lentreprise typologique. La
classification des genres revêt une importance primordiale, dans la mesure où le
vocabulaire, la syntaxe pour une bonne part, et lensemble des structures textuelles
sont contraintes par les genres. La demande sociale est croissante, aussi bien pour la
linguistique de corpus que pour laccès aux banques textuelle (on discutera des
exemples issus des recommandations de la TEI et de la classification de Frantext).
Critères et degrès de caractérisation.
Dans la définition du genre, les critères du contenu lemportent sur les
critères dexpression, les critères de discours sur les critères de langue, et les
normes sur les règles.
La caractérisation dun texte peut cependant suivre le parcours suivant :
discours, champ pratique, genre, propriétés particulières du texte.
Analyse des discours : Textes, Types et Genres
ZILBERBERG Claude
Prose, Poésie et Eloquence : dans le
"Système des Beaux-Arts" dAlain.
Notre propos est double :
I - Examiner si les critères de classification ont
rapport ou non avec les catégories discursives que la sémiotique met en avant.
II - Montrer que les opérations de péjoration et
mélioration coextensives au discours permettent de passer du sub-système des
réalisables au système des réalisés propre à telle classification singulière et de
satisfaire deux demandes légitimes : celle de la permanence et celle du renouvellement.
Du point de vue véridictoire exigé par la pluralité, la contradiction
mutuelle et linstabilité des classifications, il est possible de démêler la
composante taxinomique déclarée et la composante axiologique souvent inavouée.
Analyse des discours : Textes, Types et Genres
François-Charles GAUDARD
(Professeur Université de Toulouse-Le Mirail)
Pratiques discursives et modulations génériques en littérature.
La problématique des genres littéraires, quelle soit prise dans le mouvement de
lhistoire, dans celui de la production ou de la réception des textes,
sinscrit dans le cadre de règles, de contraintes, qui assurent à lécriture
un cadre et une garantie de lisibilité.
Même si tous les spécialistes soulignent aujourdhui la confusion qui règne
autour des genres en littérature, la notion reste essentielle dans le circuit même de la
communication.
Il sagit en réalité des modes de gestion adoptés par les sujets écrivants et
lisants dans des pratiques discursives spécifiques : la généricité se réécrit en
permanence sous leffet des soubresauts ou des crises qui traversent les actants de
la communication, selon leurs contextes.
Analyse des discours : Textes, Types et
Genres
Frédéric CALAS
(Maître de conférence à Tours)
Les
impostures des genres : le cas du roman par lettres
Les instances de genres et de types influent doublement, à la fois sur les opérations
dencodage du texte sélectionnant les unités linguistiques et sur les opérations
de lecture des textes. Le point dinvestigation choisi est lélaboration de
cette sélection des unités linguistiques dans un genre précis, le roman épistolaire.
Cette sélection met en jeu plusieurs niveaux qui se combinent dans la production du texte
: énonciation, système des temps, liaisons transphrastiques et progression textuelle,
isotopies, figures rhétoriques dominantes. On pourrait sattendre à une reprise
régulière de ces invariants à lintérieur dun même genre. Or, de
nombreuses déviances apparaissent dun texte à lautre, rendant difficile la
caractérisation des genres.
Lexamen des Lettres portugaises de Guilleragues (1669) révèle les
modalités de conditionnement quimpose le choix du genre épistolaire au traitement
de la donnée narrative et à son décodage par le lecteur. Ce roman par lettres témoigne
de la complexité interactionnellle des unités linguistiques sélectionnées par un genre
particulier. Par exemple, on attendait dune correspondance quelle reposât
ouvertement sur le dialogisme, cest à dire léchange réciproque et alterné
de deux épistoliers. Or, ce roman fait le choix du monologue (ce que Rousset a nommé le
type monodique) tout en créant lillusion dune correspondance. Comment
lauteur orchestre-t-il ce paradoxe et rend-il loeuvre lisible pour le lecteur
? Comment loeuvre produite sapparente-t-elle encore au genre épistolaire ?
MOTS-CLES : Genres et types littéraires, genre épistolaire, modèle archétypal,
narrative Lettres dune portugaise.
Analyse des discours : Textes, Types et
Genres
Françoise VOISIN-ATLANI
(Maître de conférences à lUniversité de Paris)
Du dialogue au texte littéraire : Lenonciation en question
Une confrontation entre le point de vue formel et de E. Benveniste sur le dialogue et
les travaux de J. Paulhan sur les joutes oratoires malgaches me permettra
dinterroger le statut de la présence, ou de labsence, des marques formelles
de la subjectivité dans une littérature moderne qui, par décision, sabstrait de
tout sujet. Cette énonciation hors de toute subjectivité personnelle rejoint en un sens
la démarche linguistique de notre siècle mais, dans le même temps, sen éloigne :
lobjet littéraire ne se veut pas scientifique et lorsquil y a
"abstraction subjective" cest pour faire apparaître le langage dans son
être même. Toute lingusitisque doit représenter la dimension formelle du langage tandis
que le Texte littéraire de la modernité se sert de la Langue pour provoquer le silence
nécessaire de toute parole, sa part obscure. Y a-t-il entre une linguistique de
lénonciation et une littérature "abstraite" rivalité, fascination,
rejet ? Cette démarche linguistique traite-telle de la subjectivité en des termes
proches, éloignés, concurrents du propos littéraire ?
Lanalyse de ces deux modes dactivité linguistique proposera
lébauche dune réflexion sur le dialogue et sur ce que parler veut dire.
Analyse des discours : Textes, Types
et Genres
Patrick MPONDO-DICKA
(CPST/UTM)
Genre et discours audiovisuels
Cette communication se veut une contribution à la recherche sur la problématique du
genre, centrée sur les genres et les discours audiovisuels.
Je discuterai, dans un premier temps, les propositions faites par François Rastier
(1987) pour définir le genre , en tenant plus particulièrement compte de l'idée de la
correspondance du genre et d'une pratique sociale.
Dans un second temps, je tirerai de cette discussion une définition du genre que
j'appliquerai aux discours audiovisuels (selon l'acception courante de ce terme, qui sera
ensuite redéfini).
Enfin, j'illustrerai mon propos en observant la dimension énonciative de quelques
objets télévisuels et/ou cinématographiques.
Je fais l'hypothèse que ce parcours ressort de l'approche socio-sémiotique des
discours, qui me semble une voie fructueuse.
Analyse des discours : Textes, Types et Genres
Véronique FILLOL et William CARRASCO
(CPST / UTM)
Quelques éléments pour une définition du genre en sémiotique.
Pour situer la problématique générale du genre en sémiotique, nous proposons de
visualiser celle-ci à partir dun schéma opérationnel intégrant des approches
théoriques différentes et complémentaires de lapproche sémiotique. Ce schéma
nous permettra de rendre compte des rapports entre les domaines de lénoncé, de
lénonciation, et du contexte socio-sémiotique, tout en restant dans le cadre
dune sémiotique de la représentation, du simulacre.
Ce schéma permet, dune part, de visualiser les réseaux de relations entre les
domaines où le genre (comme grandeur) va prendre place. Il circonscrit, dautre
part, un cadre de recherche pour lanalyse intersémiotique du genre.
Nous proposerons deux exemples relevant de deux domaines très différents :
léthnolittérature et la presse féminine, pour mettre à lépreuve la valeur
heuristique (et methodologique ?) du schéma proposé.
Alessandro
ZINNA
(Maître de conférences, Université de Limoges)
Linvention de lhypertexte
Pendant longtemps, le couple oralité/écriture a servi aux anthropologues à
typologiser les cultures. La relation entre ces termes nest pas établie à partir
de la matière de lexpression sonore ou graphique. Cette distinction, apparemment
donnée pour opposition entre deux types de textes est en réalité une opposition
entre deux genres, à savoir, dans le contexte anthropologique, entre deux formes
de pensées. Le passage de loralité à lécriture, dû aux progrès dans
la technologie de production de lexpression, opère un changement sur
le plan du contenu dans la forme du discours.
Nous appelons cette opposition qui sert à classer les cultures par leur modalité de
production langagière hypergenre. Nous pouvons dire que la transition qui
sest produite entre loralité et lécriture est une transition hypergénérique,
où le changement de type de texte a produit une révolution dans lorganisation
du discours qui, à son tour, a donné lieu à la naissance dune
variété de classification des formes décriture en variété de genres et de
styles (juridique, littéraire, etc...). Le problème général que nous voudrions poser
est le suivant : sous quelles formes, la naissance dune technologie de
lécriture peut-elle changer lorganisation du discours et, par la
suite, déterminer les classements que la culture elle-même produit sur ses discours ?
Tel est le but de la réflexion présente. Dailleurs, cette réflexion elle-même
est une contribution au re-classement des formes décriture.
On essaiera, alors de répondre aux questions suivantes :
Texte vs Hypertexte : sagit-il dune opposition entre types ou
entre genres décriture ? Ou plutôt, comme dans le cas de la relation
oralité/écriture, sagit-il dune opposition entre deux technologies du
discours, avec des implications à terme, qui détermineraient le destin de
lécriture. En tout cas, la naissance de cette technologie change entièrement le
panorama des oppositions identifiables à partir de lécriture que nous avons connu
jusquici. Doù la deuxième question :
Quelle est la différence entre la textualisation et lhypertextualisation
? Quelles sont les différences reconnaissables entre la programmation énonciative
du texte et celle de lhypertexte ?
Tout comme le passage de loralité à lécriture nest pas pour autant
un signe de la pensée textuelle , de même la transposition du texte en hypertexte
nest pas encore un signe de la pensée hypertextuelle. Alors que
lhypertexte a été considéré jusquici comme un objet qui ne touche
lanalyse du discours que dune façon marginale, nous avons à faire, au
quotidien, avec la mise en hypertexte de nos documents. Ce passage du texte à
lhypertexte nest encore quune simple transposition : en effet, le
mode de production discursive demeure encore textuel. Pourtant, dès que nous produisons
de véritables hypertextes, la façon de couper nos phrases en fonction du montage des
pages est un premier indice du changement hypergénérique. Là, en effet, nous
commençons à penser la mise en discours dans cette nouvelle forme décriture. Il
ne sagit plus dune simple transposition du texte à lhypertexte : ce
sont les premières manifestations dune transition du mode textuel du
discours au mode hypertextuel. Comme toute révolution du langage,
lexistence dune modalité nexclut pas lautre. Cest la coexistence
et les interférences entre ces hypergenres qui nous intéressent davantage ici.
Avant de penser sil sagit vraiment dune révolution comparable à
celle qui sest produite entre loralité et lécriture - révolution qui
permettra aux anthropologues de distinguer entre cultures orales, écrites
et électroniques - il faudra sinterroger sur lorganisation des
éléments constitutifs de cette écriture. Ce travail reste pourtant à faire. Cette
intervention essaie de jeter quelques bases pour lanalyse des éléments topologiques,
morphologiques et syntaxiques dune écriture qui pose des problèmes
complexes de programmation énonciative. Par la suite, le but est de
sinterroger sur la naissance des genres hypertextuels et de les situer par
rapport aux genres textuels.
Mirna VELCIC-CANIVEZ
(Université de Lille III
CNRS URA 382 SILEX)
Le récit
de témoignage comme genre. Enjeux linguistiques.
Certaines formes de témoignage en première personne, liées
à des situations où il s'agit de rendre compte d'un vécu personnel particulièrement
traumatisant peuvent être considérées comme un genre particulier de discours. Ce qui
unit les récits des rescapés des camps de la mort, des victimes de guerres ou d'une
agression, les récits de témoignage des malades frappés par le Sida, etc., c'est leur
objectif : ils prétendent dire comment se sont déroulés les événements dont le
locuteur, en tant qu'individu, a subi des conséquences.
On sait, pourtant, qu'une réalité "évidente" devient problématique quand
il est question d'en parler. C'est pourquoi les récits de témoignage renvoient à un
problème classique : le rapport du discours au réel, problème qui s'impose dès qu'il
s'agit de "mettre en discours" un fait, un événement concret, une situation
authentique. Or, la particularité de ces formes, c'est que, pour rendre une réalité
vécue dans un discours cohérent et logique, le locuteur est pris dans un mode de parler
spécifique. Nous examinerons quelques caractéristiques de ce mode de parler, en
particulier l'emploi des expressions déictiques dans la constitution des preuves et les
stratégies de contournement de l'acte de dénomination. Cela nous conduira à mettre en
évidence une double logique qui marque les récits de témoignage et nous permet de les
identifier en tant que genre : d'un côté, les locuteurs sont orientés vers un
"au-delà" du langage, avec l'idée d'un accès direct à la réalité vécue
par l'homme, sans changement ni transformation ; d'un autre côté, les locuteurs sont
poussés à s'"enfermer dans la langue" de manière à se protéger d'un
éventuel échec dans la communication avec autrui. Témoigner d'une réalité vécue dans
la douleur et la souffrance signifie savoir s'engager dans ce double mouvement
référentiel afin de renforcer la cohérence du récit lorsqu'elle semble menacée. Cette
intervention élabore donc les critères permettant d'identifier le récit de témoignage
comme genre ; elle cherche ainsi à ouvrir une piste méthodologique pour des analyses
plus approfondies.
BALLON-AGUIRRE
ENRIQUE
(Professeur Arizona State University)
Autour des typologies lexicales (texte, cotexte et contexte dans les
classifications onomasiologiques des taxinomies ancestrales).
Dans cette communication, il s'agit de présenter certains résultats que nous avons
obtenus jusqu'à maintenant d'une recherche en cours. Cette recherche porte sur plus de
500 dénominations des varietés de 'papa' ('pomme de terre') cultivées par des paysans
andins, que nous avons recueillies pendant trois ans dans vingt-six communautés du bord
du lac Titicaca. Il s'agit d'une région où les langues quechua, aimara et espagnol se
trouvent en contact et, parfois, en conflit, ce qui donne lieu à des situations
d'interférence phonétique, phonologique, morphosyntaxique et, certainement, sémantique.
Ce corpus lexicographique privilégié permet de cerner, d'une façon relativement
ponctuelle, les écueils des attributs minimaux et des facettes dans la description des
traits minimaux du sémème type (l'archisememe de B. Pottier), des sémèmes (dans le
glossaire de F. Rastier, des sémies), aussi bien des classèmes que des sémantèmes,
c'est-à-dire, la problématique générale des valences cotextuelles et contextuelles (le
contenu eidétique) dans la production de ces soi-disant formes simples , les
ethnotaxinomies.
Jacques
BRES
(Professeur à lUniversité de Montpellier III)
Textualité narrative orale, genres du discours et temps verbal
La notion de genre du discours reste sous-utilisée dans le domaine de l'oral
(Bakhtine 1952/1984). Je m'intéresserai dans un premier temps à la façon dont les
formes verbo-temporelles du présent et du passé composé, à un moindre degré de
l'imparfait, permettent de distinguer, dans un même type de textualité la
textualité narrative divers genres du discours. Ces corrélations entre genres
discursifs et formes verbo-temporelles décrites, j'en proposerai ensuite une explication.
1. Genres discursifs narratifs et emploi des temps
1.1. Propositions narratives.
Les propositions narratives dans le récit oral s'actualisent majoritairement au passé
composé et/ou au présent. Trois possibilités de récit sont théoriquement
réalisables : récit avec propositions narratives au seul passé composé,
récit avec propositions narratives au seul présent, récit avec propositions narratives
alternant passé composé et présent. Et l'on trouve effectivement des occurrences de
chacune de ces possibilités. Je fais l'hypothèse que le temps verbal est un marqueur qui
permet à la textualité narrative de s'actualiser dans tel ou tel genre du discours. Je
propose une première corrélation des réalisations verbo-temporelles des propositions
narratives avec trois genres du discours que je nomme témoignage, narration,
blague :
genre du discours témoignage narration blague
temps des p. narratives passé composé passé composé/présent présent
1.2. Propositions non narratives
Narration et blague partageant l'usage du présent dans leurs
propositions narratives (facultatif pour le premier, obligatoire pour le second), une narration
dont les propositions narratives sont au seul présent semble ne pas se distinguer, au
niveau verbo-temporel, d'une blague. Il n'en est rien. La frontière entre les deux
genres est ailleurs : dans le marquage temporel des propositions non narratives,
qui se réalise obligatoirement par l'imparfait dans la narration, par le présent dans la
blague.
En modification et complément de la première figuration, on posera :
genre du discours oral réalité fictivité
témoignage narration blague
temps des p. narratives passé composé (présent) passé composé/présent présent
temps des p.non narratives imparfait imparfait présent
2. Passé composé et présent en discours narratif oral
Pour rendre compte de cette répartition verbo-temporelle selon le genre discursif, je
développerai l'hypothèse selon laquelle :
- le passé composé, inscrit lévènement en réalité temporelle dans le
passé, et donc tout simplement inscrit en réalité. Voilà qui réalise la
prétention du témoignage, et à un moindre degré de la narration, à dire le vrai ;
le présent, est une forme prétemporelle. Il correspond à une saisie du
mouvement d'actualisation de l'image-temps antérieure à la division en époques.
L'événement narré n'est pas inscrit en réalité temporelle, pas plus dans le
passé que dans une autre époque, et donc tout simplement n'est pas inscrit en
réalité Voilà qui construit l'espace transitionnel de la blague, en
suspension de l'inscription en réalité, en soustraction à l'opposition vrai/faux.
Nathalie SIMON
(CIEF Université Lumière Lyon 2)
L'instauration
du sujet avant une rencontre : description des dispositifs figuratifs de l'acteur en état
de tension passionnelle.
Dans le cadre de la recherche de stratégies discursives relatives aux genres, nous
posons l'hypothèse, relativement au discours narratif, que le sujet narratif part en
quête dans le suspens des valeurs, et non parce que la circulation des valeurs s'opère
sous la forme du mandement d'un Destinateur. Le thymisme diffus des figures du monde
sensible a des effets passionnels sur le sujet.
Cette hypothèse s'élabore autour de la figure actorielle de certains récits courts
de G. de Maupassant1, à partir des éléments figuratifs qu'elle engendre en
début de récit, dans un programme narratif où s'articule la problématique de
l'identité et de l'altérité. Les détails figuratifs des incipit - relatifs à la
figure de l'acteur - ne sont pas, contrairement à la tradition critique, mis au service
de la présentation de l'acteur, mais alimentent un dispositif passionnel de structuration
du sujet lié au procès discursif.
Nous rappelons de manière générale le dispositif passionnel - que nous appelons -
dispositif de tension passionnelle - à partir de quatre composantes : identification des
éléments figuratifs (éléments du monde sensible ou parcours figuratifs des acteurs)
ayant des effets émotionnels sur le sujet et dont le sens s'organise à partir d'une
différence de potentiel, caractérisation de la prédisposition de la sensibilité du
sujet à la variation d'intensité, articulation des modalités en suites modales,
interprétation des lexèmes passionnels.
Nous proposons ensuite de retrouver les traces d'un tel module dans la description
figurative systématique d'un début de nouvelle2. Dans le texte choisi, les
éléments de la figurativité (espace, temps, énonciation, éléments perceptifs,
parcours figuratifs de l'acteur, construction du dispositif modal et des pathèmes) sont
les caractéristiques d'un univers sémiotique où les effets passionnels des figures du
monde sensible organisent les systèmes de signification.
Ces hypothèses permettent d'approfondir la notion d'évènement en syntaxe narrative,
en l'envisageant de manière beaucoup moins stable que le cadre dans lequel elle est
généralement interprétée. Le terme d'advenu conviendrait à cette approche: l'advenu
correspond à une perte de valeur (différent du manque d'objet-valeur) et à une
émergence des composantes passionnelles du sujet.
Marc BONHOMME
(Université de BERNE)
"Du genre au discours publicitaire : entre macro-actes et méta-actes de
langage"
Qu'est-ce qui définit la publicité comme genre, par-delà sa finalité commerciale?
Le principe typologique des discours publicitaires se trouve difficilement dans leur mise
en texte. Outre la diversité de leur support, l'hétérogénéité des annonces semble
rendre illusoire leur catégorisation dans un genre autonome et clairement défini. Les
productions publicitaires se caractérisent en effet par leurs configurations éclatées,
en ce qu'elles amalgament des structures textuelles de différents niveaux et surtout en
ce qu'elles tendent à se remplir des genres les plus variés, dans une intertextualité
protéiforme où règnent le pastiche et la parodie.
Si la typicité de la publicité ne peut être formelle ni thématique, elle est en
fait pragmatique, reposant sur des actes de langage stéréotypés et sur des opérations
énonciatives réglées :
- Le genre publicitaire trouve son principe organisateur dans un script sous-jacent fondé
sur trois macro-actes illocutoires fondamentaux: les macro-actes assertifs, directifs et
engageants, ceux-ci recouvrant un certain nombre d'actes particuliers (l'éloge, le
conseil, la recommandation, la promesse ou la garantie).
- À la surface des annonces, le discours publicitaire se remarque par les transformations
rhétoriques systématiques qu'il fait subir à son script sous-jacent, de façon à le
filtrer et à en optimiser les conditions de réussite. Dans ce but, la publicité
multiplie deux types de méta-actes énonciatifs sur ses macro-actes constitutifs:
*d'une part, les méta-actes de brouillage qui amplifient l'ancrage déictique de ces
derniers,
*d'autre part, les méta-actes de masquage qui en neutralisent le potentiel
contraignant et qui renforcent l'impact, ainsi que la capacité de séduction des
annonces.
La spécificité du genre publicitaire est dans cet hiatus entre un script pragmatique
fortement préconstruit et le camouflage de celui-ci lors de ses manifestations
discursives. En cela, la publicité est un genre qui répugne à s'assumer comme tel, mais
qui tire néanmoins son efficacité de l'occultation de sa nature profonde.
Louis
PANIER
(Université Lumière Lyon 2
CADIR-Université Catholique de Lyon
GDR-Sémiotique)
La
lecture figurative comme genre : le commentaire biblique typologique
Les premiers siècles du christianisme sont caractérisés par une forme particulière
de lecture-relecture du texte biblique : la lecture typologique ou figurative, théorisée
par Origène et Augustin et en vigueur jusquà la fin du Moyen-Age. Cette pratique
de lecture se fonde sur une approche spécifique de la composante figurative des textes
(de lAncien Testament en particulier) supposant une sémiotique discursive qui peut
être mise en lumière.
La communication proposée sappuiera sur un exemple particulier, extrait de
lÉpître aux Hébreux pour dégager ces fonctionnements de la lecture,
donner les principales caractéristiques sémiotique dun genre de discours : le
commentaire figuratif, et proposer quelques pistes de réflexion sur la force énonciative
des figures en discours.
Jean-Michel ADAM
(Université de Lausanne,
Centre de recherches en linguistique)
De la séquence aux genres ou pourquoi les textes ne sont pas
typologisables
Après avoir travaillé sur le récit et sur la description et avoir été tenté par
lacceptation pure et simple des théories des types de textes anglo-saxonnes qui
semblaient permettre une généralisation rapide, jai consacré un livre, au titre
volontairement ambigu, à expliquer (Les textes : types et prototypes 1992)
pourquoi il est, à mon sens, profondément erroné de parler de "types et
textes". Lunité "texte" est trop complexe et trop hétérogène pour
présenter des régularités typologiques globales, linguistiquement cernables. A la
différence de mes prédécesseurs anglo-saxons, jai situé un certain nombre de
faits de régularité dits "récits", "descriptions",
"argumentation", "explications" ou "dialogue" à un niveau
que jai proposé dappeler séquentiel. Jai défini les séquences
comme des unités compositionnelles à peine plus complexes que la simple période, mais
très inférieures -mis à part le cas relativement rare des textes très courts
mono-séquentiels - à lunité globale que lon peut appeler texte. Le
modèle de la structure compositionnelle des textes que je propose rompt radicalement avec
lidée de "typologie des textes" et il na de sens que dans la
perspective globale dune théorie des plans ou niveaux dorganisation. En
distinguant des plans ou niveaux dorganisation de la textualité (dont les
séquences prototypées ne sont quune composante), il sagit de rendre compte
du caractère profondément hétérogène dun objet irréductible à un seul mode
dorganisation, dun objet complexe mais en même temps cohérent.
Si lon veut proposer une théorie densemble et une théorie unifiée,
cest-à-dire une théorie capable de rendre compte de toutes les réalisations
textuelles possibles, quelle que soit leur longueur, leur époque, leur forme de
lexpression orale ou écrite, monosémique ou plurisémiotique, la formation
discursive dont ils relèvent, en plus de la dimension textuelle, il faut clairement
donner une place dans le modèle à la dimension discursive des faits de textualité : il
ne saurait exister de linguistique du texte hors dune linguistique ou analyse des
discours.
Cest ici que lon rencontre la question des genres, qui sest
déplacée, ces dernières années, du champ de la seule poétique littéraire en
direction de lanalyse des discours. Ma communication apportera des réponses aux
questions suivantes : le recours au concept de genre est-il nécessaire dans le champ de
linguistique des textes et discours ? Dans quel cadre théorique et dans quel horizon
épistémologique ce concept trouve-t-il une utilité effective ?
Sophie
BERTOCCHI-JOLLIN
(Université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yveline)
De la validité du concept de phrase romanesque (XIXe-XXe siècles)
Comme l'appelle de ses voeux Jean-Pierre Seguin dans L'Invention de la phrase au
XVIIIe siècle (1993), une exploration systématique du sentiment de la phrase à
l'époque contemporaine ne serait pas sans intérêt. Les recherches récentes de la
linguistique interactive et conversationnelle ont par ailleurs remis en cause la
pertinence même du concept de phrase dans le langage oral. En admettant donc que l'écrit
reste le seul champ d'investigation possible pour la phrase, et compte tenu d'autre part
des limites d'une conception purement syntaxique de cette entité, il appartient à
l'approche textuelle de s'imposer comme une catégorie productive pour l'étude de la
notion. C'est pourquoi une réflexion sur la phrase en liaison avec le genre de
texte, en l'occurrence le genre romanesque, pourrait contribuer à l'enquête sur la
phrase contemporaine.
Les travaux portant sur l'évolution diachronique de la phrase littéraire ont montré
qu'il existe une "typicité" liée à l'époque historique. Rappelons-le,
l'émergence du concept de phrase tel que nous l'entendons communément aujourd'hui est en
fait relativement récente, puisqu'il succède au règne de la période jusqu'à
l'époque classique. Considérant ainsi que la phrase au sens moderne n'a que deux cents
ans d'existence, les études sur des textes antérieurs relèveraient plutôt de
l'archéologie. Il reste la question de l'évolution de la phrase au cours de ces
deux derniers siècles.
Croisant le découpage historique, un autre ordre de "typicité" de la
phrase, lié au genre de texte, a pu être relevé : outre les divergences entre prose et
poésie, des spécificités se dégagent à l'intérieur du champ de l'écriture en prose
:
Les auteurs de Lettres (...), les auteurs de mémoires, de romans, de nouvelles, de
contes, de pamphlets, adopteront la phrase brève et chercheront l'effet. (...)
Toutefois la période reste en honneur chez tous les orateurs, et un certain nombre
d'érudits ou d'historiens, de juristes, etc., sont fidèles à la phrase longue
(...)." (F. Brunot et C. Bruneau, Précis de grammaire historique de la langue
française, Masson, 1969).
F. Brunot tend à évacuer la distinction historique fondatrice entre période
et phrase au profit d'une discrimination générique. Toutefois cette approche
s'avère bientôt relativement caduque : en effet, à partir du XIXe siècle, toujours
selon F. Brunot, la phrase apparaît de plus en plus déterminée par le tempérament d'un
écrivain, c'est-à-dire singulière. Un mouvement d'effritement des caractéristiques
génériques est engagé. En multipliant ainsi les typicités de la phrase presque à
l'infini, cette tendance aboutit à ruiner la notion même de typicité, qui par
définition s'oppose à l'individuel. L'individualisation croissante des écritures
rend-elle inopérante la catégorisation transversale de "phrase romanesque" ?
S'il existe bien des typicités génériques, comment pourrait-on alors spécifier
celle de la phrase romanesque ? Existe-t-il des caractéristiques communes par-delà les
écarts historiques et individuels quelquefois majeurs ? Quel est le patrimoine commun à
la phrase de Balzac et de Proust et à celle de Céline, Cohen ou Simon ? La réponse ne
peut que s'énoncer sous la forme d'un paradoxe : la phrase romanesque témoigne d'une
infinie diversité, d'incessantes fluctuations ampleur, complexité, ordre,
modalités... ; cette plasticité extrême en fait précisément la spécificité,
la définit à l'unisson de la plasticité du genre romanesque, genre littéraire phare de
la modernité.
Jean-François
JEANDILLOU
(Professeur de Sciences du langage à lUniversité de Paris X-Nanterre)
Effets de texte
Sous le nom deffets de texte on voudrait examiner un certain nombre de
phénomènes qui, inscrivant chaque texte dans un complexe générique identifiable,
permettent aussi dopposer les paramètres de la discursivité à ceux de la
textualité. La grille ou le filtre de tel genre littéraire favorise par exemple des
organisations sémiotiques qui, pour nêtre plus rigoureusement cohésives ni
strictement cohérentes, peuvent contrevenir aux critères rassurants de la grammaire de
texte et de lanalyse du discours. Les effets en question, qui se laissent
concevoir à la fois comme parure ornementale (le texte étant constitué, en
pareil cas, de formes signifiantes à fonction " esthétique ") et
comme leurre (le texte suscitant avant tout une illusion interprétative), forcent
à repenser la singularité de chaque objet en ne le rattachant à des modèles que pour
mieux len distinguer ; ils obligent de même à sans cesse affiner les outils
danalyse dont ils éprouvent lefficace et les limites opératoires.
Indéfiniment répétable, échappant par nature à son contexte de production et
résistant aux assauts de la systématisation, lobjet textuel (littéraire en
particulier) sera finalement considéré sous le rapport de procédures qui, outrepassant
les communs impératifs fixés par la langue, lui confèrent une textualité déceptive au
niveau de la mise en discours proprement dite, de la connexité, des chaînes de liage, de
la séquentialité notamment. Si règles il y a dans ce processus de signification, il
sagit délaborations irrémédiablement tributaires de la fixité du support
(quel quil soit) et des conditions de son expérimentation (hors temps), de sa
littéralité plus encore, et surtout de sa dimension connotative qui, par-delà tous les
réseaux dafférences sémantico-discursives, demeure par essence métatextuelle.
Nedret
ÖZTOKAT,
(Université dIstambul)
La nouvelle brève et le contrat énonciatif.
Dans la littérature contemporaine la nouvelle brève est certes une
des formes les plus répandues. Couramment utilisée par des écrivains modernes, cette
forme de fiction jouit dune grande popularité surtout dans la tradition américaine
et anglo-saxonne si bien que certains critiques littéraires de ces pays considèrent
cette forme comme un nouveau genre. Par exemple, selon la classification typologique
dOConnor, la nouvelle brève occupe le premier rang devant la
nouvelle, la nouvelle longue, le roman bref
et le roman. Dautre part, il existe également une autre forme de
nouvelle plus concise, cest ce quon appelle en anglais le "short
short story" (nouvelles minimalistes) et dont on trouve un grand nombre
dexemples dans la littérature mondiale. Cependant malgré les efforts théoriques
en la matière, le problème de la définition de la nouvelle brève
reste toujours à résoudre.
Dans notre exposé nous traiterons de la divergence des approches discursives dans la
production de la nouvelle brève, et ceci dans le cadre dun corpus
varié qui comprend des exemples des littératures latino-américaine (Borges, Cortazar),
turque (Y.Kemal, S.Faik, F.Edgü) et française (Tournier). Ce choix dexemples nous
permettra de voir à quel point cette forme littéraire entreprend des relations étroites
avec la culture dorigine dont procède loeuvre. De ce point de vue nous
aborderons le problème de la définition dans le cadre de la "praxis
énonciative". Nous traiterons ensuite des instances énonciatives pour mieux cerner
les stratégies discursives propres à la nouvelle brève. Ainsi espérons-nous apporter
au moins quelques éclaircissements sur un genre si difficile à délimiter.
Roselyne KOREN
(Université Bar-Ilan, Israël)
La "grammaire binaire" de lécriture de presse.
La mise en mots "objective" de
linformation est lune des fins essentielles de lécriture de presse et
lune des garanties de sa nature démocratique. Ceci implique entre autres, en termes
rhétoriques, la juxtaposition linéaire dénoncés "filmiques" et le
rythme heurté dune syntaxe paratactique. Celui-ci est cependant fréquemment
supplanté par une autre cadence comparable à loscillation binaire du pendule ou du
métronome. Cette cadence est aussi fondamentale que la première, mais il est assez rare
que les journalistes et les chercheurs y réfèrent. Les pôles symétriques constitutifs
du mouvement oscillatoire ny sont plus des entités spatiales, mais des partis pris
antithétiques : "des oui aux non " confondus, il y a
dans la masse des informations dun journal, affirme Violette Morin, la mise en place
dune sorte de récit bipolaire" (Lécriture de presse 1969 : 155).
Cette cadence est la forme sémiotique simplifiée que revêt la présentation
pseudo-exhausive, "impartiale" et prétendument pluraliste de témoignages ou
dopinions antithétiques. Elle ne tire pas à conséquence dans le cas de deux
alternatives purement techniques ou de questions de goût, mais elle devient
problématique lorsque les pôles correspondent à des partis pris éthiques
incompatibles. Mettre les mensonges les vérités ou la condamnation et la légitimation
"sur le même plan" jette une ombre sur lidéal démocratique
dinformation impartiale. Ma communication souhaite problématiser la question
suivante : la juxtaposition systématique du pour et du contre est-elle un type de mise en
mots spécifique de lécriture de presse ou est-ce lune des voies que peut
suivre aujourdhui tout discours qui pratique la dénégation idéologique du parti
pris grimé en jugement de fait impassible ? Lengagement à rester neutre constitue
actuellement le prix de lobtention du droit à la parole dans la vie civile et
scientifique : la prose journalistique nest pas le seul genre discursif à alimenter
le mythe du rapport spéculaire transparent...
Je souhaite donc présenter ici, dans "tous ses états", la rhétorique de
cette "grammaire binaire" et tenter de définir en quoi elle diffère de celle
que lon peut observer dans certains ouvrages didactiques ou dans toute démarche
idéologique qui systématise la politique du pour et du contre concomitants pour
neutraliser les velléités de réfutation.
Marie RENOUE
(Docteur CPST/UTM)
Genre et style dun " objet dart " sémiotisé
Se jouant des limites, des genres et des cadres, entre la remise en question des
définitions acquises et la nécessité de marquer cependant son identité artistique,
lart contemporain semble inviter ses spectateurs à réajuster sans cesse leurs
catégorisations conceptuelles et perceptives tout en courant le risque de malmener
léconomie communicationnelle. De manière presque endémique, lart pose donc
au spectateur et à lanalyste le problème de la réception des objets, de leur
catégorisation et compréhension, de leur visée et saisie. Tenter de traiter du genre et
du style des " sculptures de crins de collages " de Pierrette Bloch
peut donc apparaître à juste titre des plus hasardeux.
Pierre SADOULET
(Maître de conférence sémiotique-linguistique, Université Jean-Monet à Saint-Etienne)
Entre texte, genre et discours : le
cas du "livre dartiste"
Résumé de communication
La théorie linguistique du texte proposée par François Rastier essaie
dapporter un peu de clarté épistémologique à tout ce qua pu construire la
linguistique sur la question. Il faut bien reconnaître que certaines données
extrinsèques interviennent dans linterprétation sémantique. Mais on doit se
garder doublier quil sagit de représentations propres à une culture
particulière dont on ne doit prendre en compte que les élément pertinents pour
linterprétation linguistique. Cest dans ce sens quil faut travailler la
notion de genre : tout texte ne peut être défini que sil est ramené à un genre
et au régime herméneutique qui correspond à ce genre. Tout texte ne peut être
interprété que si lon a une description de la pratique sociale qui
linstancie. Mais ces données du genre et du contexte pragmatique ne seront prises
en considération quau niveau de leur pertinence comme pôles intrinsèques qui
conditionnent linterprétation sémantique.
Du fait que notre recherche ne concerne pas seulement la textualité linguistique, mais
sintéresse à des objets artistiques, nous reprendrons les modèles danalyse
de Jacques Geninasca qui donnent des outils pour instaurer, à partir dune
uvre, une analyse discursive explicite qui permet de mettre en évidence lacte
énonciatif original dun sujet. Dans cette approche, lobjet textuel puis
le texte construit par linterprétation ne sont que des bases pour arriver à
expliciter le discours quils permettent dinstancier. Dans le cas des
uvres artistiques, un tel discours ne peut relever seulement de la rationalité
pratique mais oblige à recourir à une autre forme de rationalité, la rationalité
" mythique " (ou " poétique ") qui
conditionne la praxis énonciative propre à ce type dobjets textuels. Sur la base
de la description des modes de mise en cohérence ainsi proposés sur des objets de sens,
on peut envisager quil existera, pour lanalyse des discours, des types de
discours différents qui dépendraient des praxis énonciatives qui les
constituent.
Mais que lon essaie de décrire linterprétation sémantique dun
objet textuel, ou que lon essaie dinstancier le discours et lacte
énonciatif qui permet de le construire, on ne doit jamais oublier que tout texte
fonctionne dans un contexte, que tout discours sinsère dans un
ensemble de praxis énonciatives, quil existe nécessairement un dialogisme
tant sur le plan textuel que sur le plan discursif. Afin de penser dialectiquement ce
dialogisme, nous évaluerons lintérêt intrinsèque de reprendre la notion
praxématique de marché du sens pour décrire les contradictions qui ne peuvent
manquer de se produire, surtout dans le contexte de lart contemporain, entre les nécessités
textuelles et la visée discursive dun sujet.
Lanalyse de la démarche descriptive dAnne Mglin-Delcroix montre que
la problématique dune définition dun genre nouveau apparu au début des
années soixante dans les pratiques artistiques, le livre dartiste, doit
envisager son développement comme un lieu de conflits, car de nouvelles règles
génériques tentent de déjouer la transparence sémiotique imposée à
lobjet-livre par la praxis sociale de lédition. La révolution quil
engage consiste dans le fait que lobjet-livre lui-même va être instauré comme
texte, dans sa matérialité même, à côté des textes linguistiques et picturaux
quil contient. Ce nouveau syncrétisme sémiotique, indexé par la
" monstruosité " de lobjet-livre ainsi proposé au lecteur,
conduit ce dernier à un discours original qui interroge la notion même de livre. Par la
suite, certains critiques se sont efforcés, pour en défendre la nouveauté et la
richesse propre, dexpliciter les particularités du genre. Lexistence, le
développement, voire le succès de ces nouveaux types dobjets artistiques ne
manquent pas alors de créer des conflits entre lattitude de ces critiques et de
nouveaux artistes et surtout des marchands qui se sont emparés de lappellation
" livre dartiste ", devenue à la mode, parce quil
sagit dun argument de vente efficace.
Au niveau de lépistémologie sémiotique, lensemble de ces analyses nous
conduisent à envisager comment des données extrinsèques doivent être prises en
compte pour lanalyse discursive. Les discours sur le genre, les métadiscours des
artistes et des écoles artistiques sur la démarche délaboration de lobjet,
les praxis énonciatives diverses ainsi affirmées constituent un contexte pour
linterprétation de luvre. Ce sont des pôles indispensables à
lexplicitation la plus riche des opérations qui permettent dinstaurer ces
objets textuels comme discours.
Agnès FONTVIEILLE
(Maître de conférences, Université de Lyon II)
"La métaphore filée dans les inventaires descriptifs de Paul
Eluard"
" Poésie ininterrompue ", la poésie dEluard ne lest
pas seulement du fait quelle thématise les notions de retour et de renouvellement
mais aussi parce que son mouvement continu sinscrit formellement dans la facture
syntaxique et rythmique de la phrase. Nous voudrions montrer que la phrase dEluard,
qui se développe par parallélismes syntaxiques ou inventaires, se démultiplie pour
devenir une série, virtuellement sans fin. Et il est fréquent que le poème, fût-il
long, coïncide avec un développement unique, ce que vient confirmer la présence
dun point final, seul signe de ponctuation de la phrase-poème.
Linventaire se caractérise par le développement paradigmatique de deux
filières lexicales. Cette organisation linguistique de lénoncé est encore
caractéristique de lamplificatio descriptive et du fonctionnement de la
métaphore filée. Nous nous intéresserons donc à la rencontre dune forme,
dun type et dune figure. Dans les inventaires descriptifs éluardiens, la
relation entre les deux séries métonymiques ou synecdochiques est souvent doublée
dune relation métaphorique entre chaque proposition de la séquence, ce qui conduit
à se demander en quoi le double lien métaphorique est contraint par la forme inventaire
et en quoi il modifie la relation prédicative de lénoncé. Cette étude
sappuiera essentiellement sur des extraits du recueil La Rose publique
(1934), et plus précisément sur le poème CE QUE DIT LHOMME DE
PEINE EST TOUJOURS HORS DE PROPOS.
Andrée BORILLO/Marie-Paule
PERY-WOODLEY
(ERSS, Toulouse)
Modalité du dire de faire
Nous cherchons à formuler ici une grammaire des instructions dans un corpus de
"textes à consignes" : des manuels de logiciels.
Se pose demblée le problème de la catégorisation des textes : nous
labordons selon une typologie fonctionnelle en termes de genre discursif et de
domaine.
Notre analyse comporte deux volets :
Analyse structurelle des instructions. Nous identifions dans notre corpus
plusieurs types structurels de consignes, que nous caractérisons sur les plans
linguistique et fonctionnel : définitions, injonctions, systèmes corrélatifs, etc...
Examen de lintégration de ces instructions dans le texte pris dans son
ensemble. Lexamen de la distribution des grands types structurels ou de leurs
variantes suggère une corrélation régulière entre type de consigne et moment du texte
: niveau dans la hiérarchie des parties, place dans le chapitre ou le paragraphe...
Simon
BOUQUET
(CNRS UMR 7597, Groupe "Didactique du français et des langage)
Wittgenstein, théoricien dune sémantique des genres textuels
La philosophie du langage de Wittgenstein peut être regardée, pour une part centrale,
comme une longue tentative pour élaborer la question du sens - tentative que soutient et
quaccompagne, de manière cruciale, une critique du savoir de la logique. Après
avoir posé deux préliminaires dans une optique dhistoire de la linguistique {(A)
Division des savoirs des sciences du langage en savoirs logicaux-grammaticaux, et
en savoirs rhétorico-herméneutiques -- dualité empruntée à F. Rastier -- ; (B)
Ambiguïtés théoriques relatives au concept de "genre" dans la linguistique
textuelle aujourdhui}, on défendra deux thèses :
Première thèse : la division entre "deux philosophies" de
Wittgenstein correspond exactement à la dualité des savoirs des sciences du langage ;
Seconde thèse : la contribution de Wittgenstein à la pensée
rhétorico-hérméneutique construit, de manière cruciale, le cadre conceptuel dune
sémantique des genres textuels.
On sattachera à montrer comment, en prenant en compte cet aspect négligé des
recherches philosophiques de Wittgenstein, on peut déboucher sur la pratique dune
"sémantique du genre".
Ayoub
BOUHOUHOU
(Docteur en Sciences du Langages, Université Lumière Lyon 2)
Le discours du portrait physique dans le roman "réaliste" :
lexemple de Au Bonheur des Dames dE. Zola.
Quand la vie intérieure échappe au discours (par opposition à la langue), la
souffrance, lamour se manifestent à travers le corps. Les descriptions physiques ne
révèlent pas uniquement le psychique de lacteur. Bien au contraire, elles sont
structurées dans et par la diégèse.
Nous proposons détudier le système du portrait physique dans un texte dit
"réaliste". Nous travaillerons sur un roman dEmile Zola Au Bonheur des
Dames. Nous essayerons alors de voir comment lécriture réaliste, comme genre,
contextualiste (F. Rastier) le portrait physique des acteurs.
Notre démarche est sémiotique car elle considère comme étant le lieu de convergence
de la grammaire narrative et de la grammaire discursive. Elle tente aussi de dégager le
sens qui est présent dans les méandres du portrait.
Le portrait physique : fonction narrative
Concernant le rapport entre le portrait et le récit, nous nous sommes fondé sur les
travaux de G. Genette, Ph. Hamon, J-M. Adam, N. Everaert-Desmedt et de J. Courtès.
Pour être plus clair, nous commencerons par définir la notion de "récit ",
ensuite nous montrerons comment et de quelle manière le portrait physique peut
sintégrer dans celle-ci.
Du point de vu sémiotique, on définit le récit "comme étant
la représentation dun événement 1" Vue sous cet angle,
larticulation entre le portrait et le récit peut sexpliquer par le fait que
celui-là représente un événement (dans le récit) quil met en scène
explicitement.
Les portraits physiques renvoient au temps du récit. Certains se construisent au fur
et à mesure de lavancement de la lecture. Dautres restent figés. Ils servent
de mémoire discursive au lecteur en lui rappelant lantagonisme qui lie certains
acteurs spatialisés : le magasin de Mouret, rappelé par le portrait de Denise et celui
des Baudu rappelé par le portrait de Geneviève.
Nous partirons lors de cette intervention de lhypothèse suivante : le discours
sur le portait physique est comme un "micro-récit" car "quelque
chose se passe". Si lénonciateur décrit les "cheveux" de
Denise, par exemple, cest pour thématiser le/mépris/, l/humiliation/,
etc..., des vendeurs vis-à vis delle.
Si on nous parle avec insistance (répétition) du "nez" de Jouve, cest
parce que grâce à cet acteur, des clientes comme Mme de Boves, sont démasquées et
dévoilées.
Si on nous décrit le "bras amputé" de lhomme, cest parce que,
comme nous allons le voir, ce portrait sert à dire "quelque chose" sur
lacteur, son parcours figuratif, et ses rôles thématiques joués dans le récit.
Le portrait physique en tant que "micro-récit" thématise le récit
(portrait/rôle thématique).
Le portrait physique : fonction discursive
Le portrait physique est figuratif car il se rapporte à lun des cinq sens : il
est vu et perçu par un observateur. bien plus : il a un rapport avec la vue (yeux),
louïe (oreille), lodorat (nez), le goût (bouche) et le toucher
"mains" etc...
les "souliers" de Denise, ses "cheveux", ses "vêtements"
sont des figures qui ont besoin dêtre thématisées pour être désambiguïsées.
à la suite de J. Coutès, différents types de rapports entre le figuratif et le
thématique.
En tant que signifiant graphique représentant des acteurs différents, les
"cheveux" déterminent linterprétation sémantique. Grâce à la
syntaxe discursive (acteurs, espace et temps) et au contexte, linterprétation du
signifiant est désambiguïsée.
Nous essayerons de montrer, lors de notre intervention, que linterprétation
discursive du portrait physique, dans le discours dit "réaliste", est
étroitement liée au contexte. Les couples figuratif/thématique serviront à illustrer
cela.
____________________
1 N. Everaert-Desmedt, Sémiotique du récit,
Bruxelles, de Boeck-Wesmael, 1989,p.11
Jean-Paul
BERNIE
(IUFM dAquitaine - Université de Bordeaux II)
Les genres discursifs, un outil de transformation des connaissances -
Fonctionnement linguistique et fonction sociale du mémoir scientifique chez Lavoisier
Résumé:
Le propos sinscrit dans le projet de tirer le plus loin possible les
conséquences de linscription de lactivité scripturale dans un contexte
dinteraction caractérisé par divers paramètres (Producteur, Coproducteurs,
Finalité et Lieu social). Dans le cas du mémoire scientifique, la
"fictionalisation" de ces paramètres par le scripteur passe par des étapes
descriptibles en termes de genres discursifs dont la mise en oeuvre transforme les
contenus et ruine lidée dun invariant sémantique qui survivrait aux
reformulations.
Or, tout un héritage dualiste et représentationniste présente encore le texte
scientifique comme une pure mise en mots de contenus "déjà là". Lidée
de la transparence du langage alimente aussi bien les représentations ordinaires que
divers pans de la recherche et de la pratique denseignement / apprentissage. La
reconnaissance dune finalité argumentative au texte scientifiques, est encore
souvent perçue comme relevant de techniques de présentation dun contenu
sémantique invariant. Ce premier pas a le mérite de secouer divers carcans typologiques.
Mais il ne suffit pas.
Lanalyse sémiologique et pragmatique des genres successifs par lesquels
Lavoisier reformule ses expériences, dan des contextes historique, social et intellectuel
déterminés, montre que la fictionalisation qui est la sienne engendre des configurations
démonstratives, à leur tour productrice de faits scientifiques, dans le cadre de la
constitution dune communauté discursives.
Cest ce processus que les comptes rendus et mémoires du célèbre chimiste
permettent de décrire dans des termes dont le cadre sinspire notamment des pistes
proposés par Bakhtine et par Rastier.
Laccent sera mis sur lappareil linguistique permettant didentifier le
{jeu des "je"}, ces images dénonciateur gérant le dispositif agonistique et qui
participent de la construction dune identité sociale de scripteur.
Le mode dapproche proposé permet de situer les enjeux de la problématique des
genres (théorie du texte ? Théorie de lactivité langagière ? Théorie de
loutil ?).
Dans une perspective didactique enfin, cette optique permet une approche radicalement
différente de tous les "genres du travail de linstitution" fondés sur la
reformulation (résumé, compte rendu, prise de notes, mémoires divers), ainsi que des
multiples activités dapprentissage qui sen alimentent (activités
métalinguistiques ou métadiscursives).
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