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Le commentaire de document historique

1. La diversité des sources à la base des travaux des historiens et historiennes

L'histoire s'appuie sur les traces du passé qui ont été conservés jusqu'à maintenant. Ces traces peuvent se présenter sous des formes très diverses : manuscrit, témoignage oral, récit autobiographique, œuvre d'art, objet matériel, image, etc. Elles permettent un contact concret (bien qu'imparfait) avec le passé, contrairement aux travaux d’historiens ou d’historiennes qui sont des interprétations de ce passé. À titre d'exemples, on peut distinguer :

  • Les sources matérielles. Ces productions de l'activité humaine sont des paysages, des édifices, des outils (navire, charrue, monnaie, ustensile, chaussure, aiguille, etc.). Certains objets portent des marques particulières : des figures, des inscriptions, des sons.
  • Les sources figuratives ou iconographiques sont gravées, dessinées, peintes, sculptées... Elles représentent des paysages, des édifices, des objets, des personnes, des plantes, des animaux, des scènes ou des idées. Leurs supports matériels sont de papier, de toile, de bois, de pierre... ou, depuis peu à l’échelle de l’activité humaine connue, filmique, magnétique, numérique.
  • Les sources écrites présentent une grande diversité de types et de supports (d'une inscription gravée sur la pierre jusqu'au texte numérisé). Elles ont été longtemps les sources principales de la connaissance historique et le restent, dans une grande mesure.
  • Les sources audiovisuelles (paroles, musiques, bruits) sont récentes puisque leurs supports sont issus de technologies nouvelles en constante évolution.

Une même source peut appartenir à plusieurs types. Par exemple, un vase figuratif est d'abord un vase, mais il porte un dessin et parfois même une inscription; ou encore, un film porte des marques à la fois figuratives et sonores et, souvent, de l'écriture. Nous n'accédons bien souvent aux sources que par l'intermédiaire de reproductions, généralement récentes : des photos ou textes transcrits, parfois traduits, presque toujours imprimés et maintenant numérisés et disponibles sur le Web. Il ne faut pas confondre la source et sa reproduction. 

La connaissance historique ne se construit pas seulement par l'analyse et la critique de telle ou telle source, mais surtout par la comparaison et la mise en relation de sources nombreuses et variées, et, quand c'est possible, de séries de sources; car toute source est par elle-même incomplète. De plus, l'historien ou l’historienne sélectionne les types de sources en fonction des interrogations qui sous-tendent sa recherche. Vous pourrez en constater la variété à la lecture des études qui vous sont suggérées dans vos cours.

2. Objectifs spécifiques 

  1. Être sensibilisé au rôle fondamental des sources dans la pratique de l’histoire;
  2. Prendre conscience de la diversité des sources accessibles;
  3. Connaître les principes généraux de leur commentaire et être conscient des problèmes particuliers posés par différents types de sources;
  4. Commenter de façon sommaire des documents de divers types en le replaçant dans leur contexte;
  5. Dégager ce que la source analysée nous apprend sur la société dont elle émane;
  6. Préparer et présenter par écrit un commentaire de document historique selon des règles convenues.

3. Étapes de la démarche 

L'historien ou l’historienne interprète normalement un document historique dans le cadre d'un projet ou d'une recherche, en suivant un questionnement qui guide la sélection de ses sources. C'est dire que le présent exercice est académique, en ce sens qu'il est une occasion d'initier à la méthodologie générale du commentaire de document. 

Notez bien : la qualité du commentaire de document repose pour une grande part sur la collecte d’une documentation pertinente et efficace, constituée d’ouvrages de nature diverse (dictionnaires, encyclopédies, monographies, articles, etc.). Vous allez donc vous initier à ces différents ouvrages, à la recherche de l’information précise dans ces derniers. Après avoir fait les repérages (décrits plus bas) des questions que pose le document, vous organiserez méthodiquement vos lectures et votre prise de notes (information succincte ou citations) et vous prendrez soin de toujours indiquer dans ces notes la référence complète de l’ouvrage, et la page où se situe l’information ou la citation retenue. Vous aurez à mentionner cette référence dans votre travail en notes de bas de page. Il est toujours frustrant de devoir revenir à l’ouvrage pour pallier un oubli de ce genre.

Que vous vous trouviez en présence d'un texte écrit, d'une compilation statistique, d'une illustration, d'une carte d'époque ou reconstituée, d'un enregistrement audiovisuel ou d'un objet, vous suivrez un cheminement commun qui vous permettra de mettre en œuvre les fondements de l'interprétation historique d’un document, et de transcrire ce cheminement dans votre travail écrit. Ce cheminement comprend quatre étapes principales : 

  1. L’observation du document;
  2. L'analyse des circonstances et conditions de production;
  3. Le bilan du commentaire du contenu;
  4. Le bilan du commentaire du document.

L'observation du document

Quel que soit le type de source étudiée, vous commencerez par en prendre une connaissance complète et précise, vous en discernerez les parties principales, le sens général et tous les éléments. Cette opération permet de fixer ce qui est clair et de déterminer sur quoi devront porter les investigations et vérifications ultérieures. 

Dans la section suivante vous sont présentées les grandes lignes de cette phase d’observation. Bien entendu, les types de documents qui apparaissent dans cette section n’épuisent pas les possibilités du travail historien. 

Pour un document écrit
Dans la mesure du possible, vous replacerez d'abord l'extrait ou le passage à commenter dans l'œuvre entière ou l'ensemble plus vaste dont il fait partie. Cette opération permet de vérifier la forme du document (est-il complet, tronqué ou interpolé) de le replacer dans sa famille documentaire (est-il typique ou atypique par rapport à celle-ci?), et de le raccorder à son environnement d'origine (place dans un magazine, une correspondance, une série archivistique, un chantier de fouilles…). Puis vous dégagerez le sens général du texte et ses différentes parties constitutives, sa structure ou son plan; cette opération permet d'identifier les grands domaines d'activité humaine concernés par le document. Enfin, vous effectuerez un premier repérage des vocables ou parties du texte qui appelleront un éclaircissement historique : 

  • noms de lieu ou de personne à identifier;
  • allusions ou circonstances particulières à élucider;
  • mots incompris, incertains ou qui semblent avoir un sens différent du sens actuel : vous rechercherez donc le sens qu'ils ont dans le contexte du document.

Pour un document figuré
D'abord
, comme pour un document écrit, vous établirez l'origine du document à commenter et les circonstances de son établissement, afin d'être en mesure d'évaluer son degré de représentativité par rapport à la réalité représentée et par rapport aux autres documents figurés qui traitent le même thème. Puis, vous l'analyserez d'une façon appropriée, afin que l'identification des aspects de la réalité historique évoquée permette de déterminer les points qui requièrent une enquête plus approfondie.

  • Dessin ou image

Vous identifierez d’abord le type de document - peinture, photographie, caricature, édifice, pièce de monnaie, vase, etc., le moyen par lequel il nous est parvenu - presse, fouilles archéologiques, etc. et vous indiquerez sa localisation actuelle. Puis, vous diviserez le document par plan ou par champ et en identifierez tous les éléments.

  • Données chiffrées

Les chiffres (série de prix, de salaires, effectifs humains, etc.) ont une histoire. Ils sont des produits et non des évidences. Une statistique produite à partir de ces données n'est pas non plus une simple opération mathématique. Données chiffrées et statistique ont trait à un pays, elles concernent un produit ou une population, elles évoquent une situation, elles répondent à un projet que vous identifierez. Vous trouverez toujours dans les données chiffrées une ou plusieurs dates qui vous fournissent des indications sur le document et permettent de bien le situer dans le temps. Par ailleurs, vous vous demanderez si la série à analyser est complète et uniforme ou si elle comporte des ruptures ou des trous. Vous vous interrogerez sur l’institution qui a commandé ces dénombrements ou cette statistique, sur celle qui a fait les relevés (méthode, objectifs). Si les données chiffrées à analyser ont été élaborées par un chercheur, comment les a t-il rassemblées, à partir de quelles sources?

Si les données vous sont présentées sous forme de tableau, vous établirez une représentation graphique appropriée de ces données (courbe, histogramme, etc.) et vous analyserez cette représentation. Par exemple, s’il s’agit d’une courbe, quelle en est la tendance générale? Est-elle ascendante ou descendante? Elle peut aussi se diviser en un certain nombre de phases et montrer des accidents. Vous les identifierez afin de les expliquer dans votre commentaire.

  • Plan ou carte

Vous observerez le document et en indiquerez l’auteur-e, l'époque et le lieu de production. Vous serez particulièrement attentifs aux conditions d’établissement et d’usage du document (dates et méthodes de relevé, choix des objets à localiser, choix d’échelle, initiateurs du projet cartographique, objectifs de ce projet, public et utilisateurs de la carte ou du plan). 

Cette première étape ne donne pas directement naissance à une partie du travail à remettre; mais elle permet déjà d'identifier les points sur lesquels il faudra ensuite travailler. En effet, dès cette étape initiale, on découvre les principaux points sur lesquels va ensuite porter l'effort d'explicitation historique et de remise en contexte; il devient alors possible de planifier le programme pertinent d'exploration bibliographique.

Notez bien : la phase d'observation du document mérite d'être exécutée avec attention (le crayon à la main ou la barre d’outils « annotation » ouverte dans votre lecteur de PDF), car elle permet de créer les conditions d'une approche méthodique et rationnelle de la tranche d'histoire reflétée par le document à commenter. Escamoter cette étape pour gagner un peu de temps rallongera la route et rendra les résultats aléatoires et incertains. 

L'analyse des circonstances et conditions de production

Une source ne peut se comprendre sans une connaissance adéquate du contexte auquel elle se rattache, c'est-à-dire de l'ensemble des circonstances qui contribuent à expliquer son existence, son contenu, son rôle, sa raison d’être. Avant de prétendre saisir correctement sa portée historique, vous identifierez donc bien :

  • dans un premier temps, son contexte général de production : le cadre spatio-temporel, les circonstances sociales, culturelles, politiques, économiques, idéologiques, etc. en place au moment de sa production;
  • dans un second temps : les conditions particulières et précises dans lesquelles le document a été produit, utilisé et transmis jusqu'à nous : auteur-e, but poursuivi, destinataire ou commanditaire conditions de conservation, etc.

L'évaluation de la valeur et de la crédibilité de la source ne peut se réaliser sans cette connaissance de base, à acquérir par des lectures d'ordre général. Un tel programme de lectures personnalisées en fonction des particularités d'un document donné se bâtit à l'aide d'un instrument d'orientation comme Histoire-Hypermédia© et des ouvrages de base proposés par les enseignants. Ces lectures de base vous permettront de répondre aux questions suivantes : 

Le contexte général et particulier

  • dans quel pays, région ou ville le document a-t-il été produit?
  • à quelle époque ou date précise?
  • quel domaine d'activité humaine est particulièrement reflété ou représenté par ce document?
  • quel trait d'actualité ou tendance caractéristique de l'époque se manifeste ou se laisse appréhender par ce document?
  • à quel genre littéraire, catégorie de texte, groupe de témoignages ou série documentaire appartient la source examinée? Quelles sont les caractéristiques de ce genre qui nous aident à comprendre le rôle du document examiné?
  • quelles circonstances particulières ont entraîné la rédaction de ce texte ou la fabrication de cet objet?

L’auteur-e 

  • qui est l'auteur du document (homme ou femme, anonyme, groupe, collectivité)?
  • s’il s’agit d’un individu, quels sont les éléments de sa vie, de sa pensée, de sa formation, de son style ou de sa carrière qui peuvent aider à mieux comprendre son témoignage? Quelle est sa compétence particulière par rapport à son sujet? Il est capital d’éviter ici la biographie passe-partout – naissance, jeunesse, éducation… : ce qu’on vous demande est de sélectionner les éléments pour contextualiser le document que vous analysez. D’autre part, vous ne retiendrez que les éléments antérieurs ou contemporains à la production du document : ce sont eux qui participent au contexte de production. Là encore, les ouvrages de référence, indiqués par vos enseignants, vous seront indispensables. Wikipedia n’est pas l’alpha et l’omega en matière d’ouvrages de référence.
  • s’il s’agit d’une institution, quels en sont l’origine, les objectifs, la fonction? Quelle est sa situation au moment de la production du document? 
  • est-ce que le document constitue un reflet direct ou une représentation indirecte de la réalité historique qu'il évoque?

L'intention de l’auteur-e du document

  • quelles raisons ou motivations ont amené l’auteur-e à produire ce document?
  • quel était le but poursuivi par l’auteur-e du document?
  • à qui et à quoi devait-il servir?
  • quel était le destinataire ou le public visé?

 

L'analyse critique du contenu

À cette étape, vous porterez attention aux éléments particuliers du contenu du document en tenant compte de la compréhension acquise par l'examen des circonstances et conditions de production (section 2). Il s'agit maintenant de passer à l'étude détaillée du contenu. Cette opération vise à mieux comprendre le document en lui-même, par rapport à son contexte immédiat; pour ce faire, vous mobiliserez des publications scientifiques de caractère général (manuels, ouvrages de référence-dictionnaires, encyclopédies, atlas) et vous complèterez votre documentation par des monographies, des articles de revue et des chapitres d'ouvrages collectifs de niveau universitaire. 

À l'aide de ces lectures, vous effectuerez tout ou partie des opérations suivantes selon votre document : 

Pour un document écrit

  • Résoudre les difficultés de vocabulaire : expliquer les termes techniques, clarifier les mots obscurs, archaïques ou spécialisés, traduire les termes en langue étrangère. (Il s'agit bien entendu de retrouver leur sens historique, et non seulement d'en donner une définition linguistique passe-partout; les mots aussi ont une histoire!).
  • Élucider les allusions, les indications partielles, en s'appuyant
    • soit sur le contexte historique général;
    • soit sur le reste du document d'où a été tiré l'extrait à commenter.
  • Identifier les personnes, les fonctions, les institutions;
  • Clarifier la géographie historique de l'épisode ou des phénomènes historiques reflétés par le texte (noms de lieux, de régions, d'espaces politiques, économiques ou culturels);
  • Commenter les situations, les événements et les processus historiques évoqués par le document.

Pour une représentation figurée

  • Identifier et nommer adéquatement les différentes parties de l'objet ou de la scène représentés;
  • Replacer l'objet ou la scène dans son contexte historique afin de rendre compréhensible son articulation à l'histoire de son temps. Ce contexte s'entend d'une manière particulière, par rapport à des circonstances ou événements ponctuels de l'histoire de l'objet, mais aussi d'une manière générale par rapport à des tendances ou processus historiques à plus long terme;
  • Identifier les personnes, fonctions, institutions qui sont liées à l'histoire de l'objet;
  • Clarifier la géographie historique des épisodes ou des phénomènes historiques reflétés par le document (noms de lieux, de régions, d'espaces politiques, économiques ou culturels);
  • Commenter les situations, les événements ou les processus historiques évoqués par le document.

Toutes ces opérations sont dites « critiques » dans la mesure où il s'agit de chercher à voir, au-delà de ce qui est exprimé en mots, en couleur ou en matière, en quoi consiste au juste la trace historique constituée par un document donné. Celui-ci est porteur de plusieurs niveaux de signification, qui ne sont ni simples ni univoques; ce qui est arrivé dans le passé n'était ni automatique ni inévitable. Si cela était, on n'aurait pas besoin d'historiennes ou d'historiens, car une machine serait capable d'extraire tout le sens d'un document; il s'en faut de beaucoup! 

L'analyse critique ne vise pas seulement à surprendre les approximations, fraudes ou mensonges du document; elle requiert un esprit de curiosité toujours en éveil qui porte à s'interroger sans cesse sur les relations du document avec son contexte. Avancer vers l'inconnu, découvrir petit à petit ce qui n'était pas apparent au premier coup d'œil, ramener à la lumière ce qui était obscur au premier contact, mettre à jour les stratégies des producteurs et productrices de documents : voilà l'enjeu d'un travail patient d'analyse critique. 

N’oubliez pas que la démarche critique qui est demandée ici ne consiste pas à porter un jugement de valeur sur le document, faire des compliments à son auteur ou lui adresser des reproches, approuver ou réprouver les idées, les pratiques ou les valeurs portées par le document. Votre travail d’historienne et d’historien, dans cet exercice, est de chercher à discerner l'intérêt et les limites d'une source. 

Le bilan du commentaire du document

Dans cette étape finale, vous évaluerez la portée et l'intérêt historique du document et des éléments qu’il contient. Vous présenterez ses qualités et son originalité (relative). Vous en identifierez également les limites et les faiblesses, ce qui ne signifie pas émettre des jugements de valeur personnels, en ramenant aux normes actuelles le témoignage d'êtres humains ne possédant pas la même vision du monde. 

Après avoir scruté le document en détail et l'avoir analysé dans son fonctionnement et dans chacune de ses parties constitutives, vous reprenez donc de l'altitude et vous passez à une étape plus synthétique : vous identifiez et présentez les enseignements généraux que la source apporte sur le moment et le milieu historique dont elle émane et par lesquels elle permet de le mieux connaître et comprendre. 

Notez bien : le bilan rappelle les principales informations objectives fournies par le document et estime la portée de ce dernier pour l’intelligence historique de la période (évènements, et processus concernés), mais il ne s'en tient pas aux seules données explicites, car un commentaire de document n’est pas une description ou une paraphrase de ce document. Le bilan fait également place aux aspects implicites, par exemple : 

Pour un document écrit
Les minutes d'un procès donneront des renseignements :

  • explicites sur les parties en cause, la procédure, le système de droit en vigueur, mais peut-être aussi
  • implicites sur la conjoncture économique, les mœurs, le cadre de la vie quotidienne...

Pour une représentation figurée
Une épée trouvée dans une sépulture donnera des renseignements :

  • explicites sur le savoir-faire en matière métallurgique, l'état de l'armement et de sa décoration ou les pratiques funéraires à un moment de l'histoire, mais peut-être aussi
  • implicites sur la place des guerriers dans une société donnée, sur l'origine ethnique du défunt ou sur les croyances relatives à l'au-delà...

Il revient à la démarche historienne de mettre aussi en valeur la seconde dimension d'interprétation, et non seulement la première. Dans cette opération de bilan, l'anecdotique (information ponctuelle, précision de détail...) doit donc céder le pas à ce qui permet une meilleure compréhension de la société et de son évolution dans la durée. À cette fin, vous pourrez vous poser des questions comme les suivantes :

  • à quel moment particulier de l'évolution historique appartient ce document?
  • quel aspect de la réalité passée illustre-t-il de manière spéciale?
  • de quel processus historique est-il un témoin privilégié?

Enfin, la connaissance de l’auteur-e, des circonstances et du processus de création du document, de même que l'analyse de son contenu permettent de conclure sur la valeur historique de la source.

Pour un document écrit
Par exemple, dans le cadre de l'analyse d'un débat politique, les limites d'un témoignage sont bien perceptibles lorsqu’il émane d'un membre d'un parti; un tel discours peut être excellent pour illustrer les intérêts ou les idées de ce parti, mais probablement inadéquat pour informer de manière équilibrée sur les positions des autres intervenants. Cette sorte de témoignage servira donc à éclairer une partie du débat, mais devra être complétée par celui d'autres témoins afin d'établir une présentation complète des enjeux. 

Pour une représentation figurée
Prenons le cas d’une enluminure de manuscrit représentant le siège d'une ville : si l'artiste représente quelques canons entre les mains des combattants, il n'a pas dû les inventer complètement (à moins qu'il ne s'agisse de la conquête des Gaules par César!). Mais leur dessin est-il fidèle jusque dans les moindres détails? Et les murailles de la ville assiégée? Tours et portes ont peut-être une valeur plus symbolique que documentaire et il faudra utiliser d'autres moyens (archéologiques notamment) pour contrôler leur nombre et leur emplacement exacts et mettre à jour le travail symbolique accompli par la représentation figurée en question.

4. Contenu du travail

Le commentaire de document reprend, sous une forme organisée et dans un enchaînement logique, les informations que vous avez réunies lors de votre enquête. Il ne s’agit pas d’une simple énumération des informations obtenues, mais d’un texte concis, rédigé soigneusement selon les modalités qui suivent.

La première partie présente le document. Elle correspond approximativement à 30 % de la taille totale du travail. Il s’agit d’une identification qui comprend, sous une forme rédigée et dans l’ordre que vous déterminerez, les éléments d’information et d’appréciation suivants : 

  • référence et localisation de la source commentée (pour ne pas alourdir le texte, ces précisions seront apportées en note de bas de page);
  • nature du document;
  • place dans un corpus, un genre, un ensemble de documents;
  • sujet;
  • date et lieu de production;
  • producteurs et destinataires;
  • contexte et conditions de production.

La deuxième partie reprend de manière organisée les principaux enseignements que vous avez tirés de l’analyse critique du contenu du document. Celle-ci vous a permis de mettre en évidence les lignes de questionnement et de compréhension historique ouvertes par le document. Afin d'éviter les répétitions et recoupements inutiles, votre analyse critique sera organisée autour de quelques thèmes essentiels. Quels sont les apports essentiels du document à la compréhension du sujet qu’il aborde, quelles questions historiques met-il en mouvement à propos de ce sujet? Voilà ce qui donnera l’armature, le plan de votre deuxième partie, subdivisée en sous-parties correspondantes. Elle correspond approximativement à 60 % de la taille totale du travail.

Notez bien : 

  • Dans votre texte, vous indiquerez les références précises au texte ou au document non écrit analysé pour soutenir votre commentaire. Pour ce faire, à la suite de votre argument, vous mentionnerez entre parenthèses les numéros de lignes correspondantes. Exemple : « Ammien met l’accent sur la pompe impériale qui se déploie lors de la cérémonie, et sur son souci d’inclusion. Celui-ci se traduit dans les manifestations d’approbation du public selon des formes rythmées, connues et comptabilisées (l.14) ». Vous ne citerez le texte que pour des citations brèves, elles aussi référencées entre parenthèses par le numéro de ligne. Exemple : « L’édit de Turgot, selon les parlementaires, subvertit l’ordre politique en mettant en cause certains privilèges de la noblesse. Il met en fait en danger la monarchie elle-même car, comme le disent avec force les remontrances, sans la noblesse « les rois sont sans force » (l.45) ». Cette partie ne doit pas s’apparenter à un collage d’extraits du texte. Prenez garde à bien intégrer les citations à votre texte, grammaticalement et en termes de syntaxe.
  • L’information puisée dans des ouvrages ou des articles scientifiques pour commenter le document sera référencée dans des notes en bas de pages, présentées selon les normes du département des sciences historiques  http://www.hst.ulaval.ca/services-et-ressources/guides-pedagogiques/regles-de-presentation-bibliographique/ 

La troisième partie présente le bilan du commentaire. Elle correspond environ à 10 % de la taille du travail.

La quatrième partie qui n’est pas comptabilisée dans la longueur du travail comprend la bibliographie réunissant tous les travaux mobilisés pour réaliser le commentaire. 

Source : guide d'étude des cours HST-1000 Lecture critique en histoire et HST-1901 Méthodologie du travail en histoire

(Version mise à jour par Brigitte Caulier avec la collaboration de Pierre-Yves Saunier, le 22 juin 2016)