Hiver 2010
Responsable : Martin Pâquet
Les familles de « bleus » et de « rouges », les débats parlementaires, les rituels des manifestations publiques, les dispositions du Salon bleu et des salles de conseil municipal : voici autant d’expressions du politique que les citoyens s’approprient et se transmettent à travers le temps. Voici autant d’expressions du patrimoine politique.
Selon la Convention de l’UNESCO en 1972, le « patrimoine est l’héritage du passé, dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir ». Il se décline sous diverses sortes, du patrimoine culturel au patrimoine économique, du religieux au social. Il prend plusieurs formes : le matériel pour les objets, lieux, habitats, édifices qui pouvant être transmises; l’immatériel lorsqu’il s’agit de pratiques, de représentations, d’expressions, de connaissances et de savoir-faire. Ici, ce n’est pas tant la constitution d’un corpus patrimonial qui importe, mais sa transmission.
Le politique, comme gestion des divisions du social et comme projection dans un futur pensable, est bien sûr un espace où la conception et la transmission du patrimoine s’effectue. Il y a le patrimoine politique matériel, avec des objets symboliques de l’autorité politique, des lieux politiques comme les places publiques, des édifices tels que les Parlements et les Hôtels de ville. Il en va de même avec l’immatériel : les réunions politiques, les manifestations, les prises de décision, les élections, les diverses stratégies partisanes, etc. Enfin, la transmission d’un marqueur symbolique et idéologique – l’appartenance à un parti, une sensibilité à une option politique, etc. – d’une génération à une autre ainsi que les diverses stratégies de reproduction sociale relèvent aussi du patrimoine politique.
Au Canada et au Québec comme partout en Occident, la constitution et la transmission du patrimoine politique assure une certaine continuité, sinon une permanence, au politique de la Nouvelle-France aux débats contemporains. Trop souvent, le politique a été assimilé à l’éphémère et à l’accidentel, sans que l’on puisse remarquer les tendances lourdes qui le traversent et qui le distinguent. Étudier le patrimoine politique dans ses manifestations et ses enjeux permet ainsi de mieux cerner ces tendances lourdes qui modèlent l’espace de l’action politique.
En se penchant sur la constitution et la transmission du patrimoine politique au Canada et au Québec, le séminaire se veut enfin une initiation aux pratiques et aux objets de l’anthropologie historique. À travers des études de cas, l’étudiant et l’étudiante seront appelés à s’interroger sur la culture politique contemporaine, notamment avec la démocratisation de l’espace public et la participation accrue des citoyens et des citoyennes à la vie de la Cité.
Le cours comprendra quatre types d’activités pédagogiques. Tout d’abord, le professeur présentera des exposés magistraux sur les notions de patrimoine et son caractère opérationnel en histoire politique. Ces exposés seront donnés par le professeur mais aussi par des experts en la matière. Par la suite, le cours prévoit des discussions en ateliers autour de lectures explorant des problèmes spécifiques du patrimoine politique en anthropologie historique et en histoire politique. Le cours prévoit également des enquêtes de terrain dans des lieux de pouvoir où se constitue et se transmet le patrimoine politique – notamment à l’Assemblée nationale du Québec. Enfin, l’étudiant et l’étudiante auront à présenter en classe leurs recherches effectuées au préalable sur un cas de patrimoine politique. Cette présentation aura lieu au cours d’un mini-colloque scientifique, afin de favoriser et de développer l’apprentissage des pratiques du métier d’historien et d’historienne.
Une bibliographie détaillée sera remise lors du premier cours.
Réalisation : Services APTI - Faculté des lettres