Section A Les structures de la société féodale (IXe - XIIIe siècle)

Hiver 2009

Responsable : Didier Méhu

Objectifs

  1. Comprendre la notion de structure dans l’analyse historique des sociétés.
  2. Connaître les principales structures de la société dite « féodale », c’est-à-dire celle de l’Europe occidentale entre le IXe et le XIIIe siècle.
  3. Amorcer une analyse critique et conceptuelle de la civilisation de l’Europe occidentale au Moyen Âge.

Contenu

L’étude de la société féodale passe d’abord par la définition de son objet. Les termes « féodalité » et « féodalisme » ont été abondamment utilisés depuis 150 ans, et ce pour qualifier des sociétés bien différentes qui n’ont souvent rien à voir avec celle de l’Occident médiéval. On parlera ici de la société dite féodale à son apogée, c’est-à-dire entre le IXe et le XIIIe siècle.

La société féodale se définit moins par la place prépondérante du fief (feodum) dans les relations sociales que comme une organisation sociale originale dont les fondements ont été posés entre le IVe et le VIe siècle avec la disparition des structures sociales de l’Empire romain, le développement du christianisme et la fusion romano-germanique à tous les échelons du social. Marc Bloch (La société féodale, 1939) est le premier historien ayant tenté de fournir une analyse globale de cette société originale, en tenant compte de toutes les traces qu’elle a laissées et en s’efforçant de mener une enquête d’anthropologie historique reposant sur la rupture de l’historien par rapport à son objet et sur une tentative de reconstitution du tout social en articulant des faits et des relations sociales a priori discordantes. Le développement des analyses structurales dans les années 40 du XXe siècle puis la vogue du structuralisme dans l’après Seconde-Guerre ont suscité quelques belles réflexions de la part des historiens médiévistes (Jacques Le Goff, Georges Duby), mais depuis une vingtaine d’années l’heure n’est plus aux grandes synthèses jugées souvent trop systémiques. Fort de recherches récentes très stimulantes (A. Guerreau, J. Baschet, A. Guerreau-Jalabert, J. Morsel), le séminaire veut poser des jalons pour une analyse structurale renouvelée de la société médiévale. Elle présuppose une déconstruction de la plupart des schèmes traditionnels diffusés dans les manuels ; elle se fonde sur une analyse sérielle des sources de toute nature (démarche rendue de plus en plus possible par le développement des banques de données informatiques) et sur la construction de concepts propres aux historiens médiévistes.

Dans une telle perspective, des thèmes en apparence classiques (l’espace, le temps, la seigneurie, la chevalerie, la parenté, la communauté, la paix et la guerre, etc.) prennent une toute autre signification. L’ambition du séminaire est de transmettre la richesse et les enjeux d’une telle démarche, dont les implications dépassent très largement l’analyse de la société médiévale.

Fonctionnement

Les cinq premières séances seront dirigées par le professeur selon une formule qui articulera le cours magistral et l’étude de documents. Ces cours sensibiliseront les étudiants aux approches sociologiques et anthropologiques relatives à l’analyse structurale, puis nous envisagerons les principaux concepts susceptibles de construire une telle analyse de la société féodale. Les étudiants seront mis à contribution dès la deuxième semaine par la lecture obligatoire d’articles et/ou de sources relatifs au thème du prochain cours.

Dès la première semaine du séminaire, les étudiants choisiront un sujet sur lequel ils devront rédiger un travail de recherche de 10 à 12 pages. Avant de rendre le travail par écrit, ils devront présenter à l’oral leur bibliographie, leur problématique et leur plan de travail. Ces présentations intermédiaires se feront en présence de tous les étudiants du séminaire. Elles dureront environ 10 minutes, suivies d’une période équivalente de discussion.

Les deux dernières semaines de la session, les étudiants présenteront leur travail à l’oral en présence de tous les étudiants du séminaire. Les présentations dureront 20 minutes, suivies d’une période équivalente de discussion menée par le professeur et les étudiants.

Entre chacune de ces étapes, les étudiants pourront rencontrer individuellement le professeur ou lui poser des questions par courriel sur tel ou tel point du travail.

Le travail écrit sera remis lors de la semaine d’examen. Il devra tenir compte des remarques effectuées lors des différentes étapes de son élaboration.

Évaluation

  • Travail écrit : 50%
  • Présentation du travail à l'oral : 30%
  • Présentations orales intermédiaires : 10%
  • Participation : 10%

Bibliographie indicative

  • Baschet (Jérôme). La civilisation féodale. De l’an mil à la colonisation de l’Amérique, Paris, Aubier, 2004.
  • Duby (Georges). « Histoire sociale et idéologie des sociétés », dans Faire de l’Histoire, tome II : Nouveaux problèmes, dir. Jacques Le Goff et Pierre Nora, Paris, Gallimard, 1974, p. 147-168.
  • Godelier (Maurice). L’idéel et le matériel. Pensée, économies, sociétés, Paris, Fayard, 1984.
  • Guerreau (Alain). L’avenir d’un passé incertain. Quelle histoire du Moyen Âge au XXIe siècle, Paris, Seuil, 2001.
  • Guerreau-Jalabert (Anita). « Le temps des créations (XIe-XIIIe siècle) » dans Histoire culturelle de la France , dir. Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, tome I : Le Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 1997, p. 107-221.
  • Le Goff (Jacques). « Pour un long Moyen Âge », dans L’imaginaire médiéval, Paris, Gallimard, 1985, repris dans Id., Un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard (Quarto), 1999, p. 447-452.
  • Méhu (Didier). Gratia Dei. Les chemins du Moyen Âge, Montréal, Fides, 2003.
  • Morsel (Joseph). L’aristocratie médiévale. La domination sociale en Occident, Ve-XVe siècle, Paris, Armand Colin (Collection « U »), 2004.
  • Schmitt (Jean-Claude). « Représentations », dans Georges Duby. L'écriture de l'histoire, dir. Claudie Duhamel-Amado et Guy Lobrichon, Bruxelles, De Boeck Université (Bibliothèque du Moyen Age, 6), 1996, p. 267-278.

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