Hiver 2009
Responsable : Didier Méhu
Rares sont les œuvres d'art produites dans l'Occident médiéval qui ne comportent pas de textes écrits. Il s'agit parfois de quelques lettres, comme l'α et l'ω qui identifient le Christ, ou de mots isolés, comme le nom des personnages représentés. Mais on trouve également des formules beaucoup plus longues, comme des extraits de la Bible ou des sentences des Pères, l'identification d'un commanditaire, d'un artiste ou encore une phrase indiquant la date de l'œuvre et les circonstances de sa production. Ces lettres, ces mots, ces phrases s'inscrivent parfois dans le champ pictural lui-même, au-dessus des personnages, sortant de leur bouche ou couchés sur un rouleau déployé qui évoque la parole prononcée puis écrite. On les trouve aussi dans le cadre, comme une légende ou une signature. Mais là où l'articulation est la plus originale et la plus profonde, c'est lorsque la lettre et le texte se font image, ou que l'image est tissée par des lettres : les lettrines, les lettres-images des évangéliaires, les poèmes figurés.
Cette articulation profonde entre « texte » et « image » ne se comprend que dans le cadre de l'anthropologie chrétienne de l'Occident médiéval, qui place le Verbe à l'origine de toute création. L'art médiéval est un art religieux, un produit de clercs, dont le rôle est de déchiffrer le Verbe, de le transcrire, de le reformuler de manière discursive et figurée, par le texte et par l'image. De là l'impossibilité de distinguer les deux discours, et la vacuité de toute recherche qui se contenterait de lire les images sans lire les textes afférents, et réciproquement. Histoire ou histoire de l'art, le débat n'a pas lieu d'être.
Ce séminaire vise à introduire les étudiants à ces produits étranges que sont les œuvres d'art médiéval tissées de mots et de dessins. C'est dans les manuscrits que tout commence, lieu de préservation du Verbe et lieu de naissance de nouvelles images, dès le VIIe siècle. Puis les images envahissent le champ monumental, celui du bâtiment ecclésial, lieu du discours des clercs et lieu de la révélation de vérités invisibles, que l'on n'entrevoit que par les images et l'imaginaire.
Les cinq premières semaines, le séminaire sera consacré à des exposés du professeur pour présenter le cadre de la réflexion : le concept d'image et le rôle des images dans la société médiévale, le rôle du Verbe et du texte écrit dans la société médiévale, le développement des images dans les manuscrits, les différents types d'insertion du texte dans les images, les modes de relation entre les textes et leurs représentations, les textes qui parlent des images… Chaque semaine les étudiants seront mis à contribution par la lecture d'articles ou de chapitres d'ouvrages pour préparer la séance suivante. Ces lectures feront l'objet de discussions collectives au début de chaque séminaire.
Dans un deuxième temps, les étudiants seront mis à contribution en travaillant sur un corpus d'images (ou une image particulièrement complexe) qu'ils auront choisi dès le début du séminaire. Le travail consistera à analyser les modes de relation des textes et des images au sein de ce corpus, en se fondant sur une bibliographie spécialisée. Les œuvres soumises à ces travaux pourront être de nature très différente : lettrines, images pleine page de manuscrits, peintures murales, sculptures monumentales (ensemble de chapiteaux ou tympan), vitraux, objets d'orfèvrerie, monnaies, vêtements…
Les travaux seront présentés à la fois à l'oral et à l'écrit :
Réalisation : Services APTI - Faculté des lettres